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Falmarès, réfugié poétique

Posté le April 25, 2019 6:22 PM

Le mercredi 3 avril à 14h au CDI nous avons accueilli Falmarès, un migrant isolé âgé de 17 ans originaire de Guinée-Conakry. C’est dans l’écriture et la lecture que le jeune homme a tiré sa force de vie. Il est en France depuis un an, a écrit un recueil de poèmes. « Soulagements » un ouvrage littéraire qui prend aux tripes, un remède à la peur et au déracinement : les élèves de 1ère S et quinze 2ndes générales ont rencontré un jeune poète. Etaient également présents Armel et Joëlle Mandart, éditeurs ; Dominique Louédoc et Françoise Tourtier, professeures de français ; Laurence Aubry-Le Beller, documentaliste et Sylvie Kratsch responsable de la pastorale.

Falmarès a répondu aux questions des élèves sur la tragédie des chemins de l’exil, sur son amour des livres et de la lecture, sur son travail d’écriture…

Il quitte seul son pays natal à 14 ans pour connaître la route des migrants, le Mali, l'Algérie, la Libye, l'Italie après une traversée de la Méditerranée de tous les dangers... Et puis la France, Nantes ... aujourd'hui scolarisé en bac pro au lycée Jean Guéhenno à Vannes, c'est l'organisme des Apprentis d'Auteuil qui en a la charge.

Descendant de griot, la lecture est sa nourriture. À son arrivée en France, il a beaucoup fréquenté les bibliothèques, lu Rimbaud, Homère, rencontré des poètes à Nantes : « Je lis les philosophes, la Bible… Mon parcours difficile m’a donné la force d’écrire pendant mon exil en Italie. J’écris entre deux mondes. Certains mots me viennent en Soussou, ma langue maternelle. L’écriture m’a sauvé. Nourrir son esprit et s’ouvrir à l’amitié, c’est prendre une gélule d’antalgique »

Emotion

Falmarès s’exprime avec une grande douceur, prend son temps pour répondre à chacune des questions. Quand un sourire illumine son visage, ce sont les traits de l’enfance que l’on devine. Puis un voile de gravité et de mélancolie trouble son regard quand il évoque la mort de sa mère. « Ma mère est morte dans mes bras, Dans l’amour, dans la gaieté et la félicité de ses enfants ». Cette absence inconsolable est la source de son écriture sensible et jalonnée d’images fulgurantes.

Falmarès lit quelques-uns de ses poèmes. L’écoute des élèves est d’une grande qualité, l’émotion est palpable dans l’auditoire. La qualité d’écriture est remarquable et fait de lui un auteur à part entière. A la demande d’un élève Falmarès récite un poème en Soussou sa langue maternelle, des sourires émus se lisent alors sur les visages.

Encore quelques mots sur sa vie de lycéen, sa sœur, son petit frère, sa grand-mère qui lui manquent. Il ne veut pas s’étendre sur les routes cahoteuses, les matins glacés, les soirs de solitude. Il dit : « Lisez d’abord ma poésie. Tout est là ». Le temps a passé trop vite ; il faut déjà se quitter. Mais encore un peu de poésie. Falmarès est là où il voulait aller, en France par amour de la langue, il s’est posé pour un temps en Bretagne qu’il regarde et aime dans une sorte d’urgence. « Ô Bretagne ! Bel est cet été, bel est ton été. Tes kilos de lumières sur un nègre ; Le Morbihan dans ton sein, L’amour dans ton cœur. Un nègre t’admire ».

Quelques photos, les élèves se lèvent, les sourires, les regards échangés, les mains qui se serrent …

Falmarès a offert à nos élèves un voyage, un voyage sur des terres africaines, un voyage à travers la langue française, un voyage en humanité. Nous ne t’oublierons pas Falmarès, il nous reste la poésie de tes mots, le souvenir sensible et fugace de cette rencontre.

Merci à toi et que ta route soit belle…

Jean-Marc Dugué

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